Damien Mascret observe dans Le Figaro qu’« en attendant la percée décisive contre la maladie d’Alzheimer, il est au moins un domaine dans lequel chacun d’entre nous peut agir pour sinon éviter la maladie, du moins en retarder l’expression, c’est-à-dire l’apparition des symptômes ».
« Un champ d’action que les spécialistes appellent les facteurs de risque modifiables. Ils pèsent en effet pour un tiers dans le risque d’être atteint, mais un Français sur trois ignore leur existence », rappelle le journaliste.
Il évoque un « stimulant puissant du cerveau que l’on ne doit pas négliger : les amis. Certains spécialistes en avaient l’intuition, mais encore fallait-il le prouver scientifiquement, ce que vient de faire une équipe de chercheurs ».
Damien Mascret note en effet que cela fait « plus de 20 ans que l’on a remarqué un déclin cognitif (fonctions les plus complexes du cerveau) accéléré chez ceux qui ont peu de relations sociales. Mais on se demande aussi depuis 20 ans lequel des deux phénomènes entraîne l’autre ! Autrement dit, est-ce parce que l’on commence à avoir des troubles liés à la maladie que l’on limite ses échanges sociaux ou est-ce parce que l’on réduit ses relations qu’apparaît la maladie ? ».
Le journaliste indique que « c’est finalement la deuxième hypothèse qui semble la bonne selon l’étude Whitehall II, qui a débuté en 1985 auprès de plus de 10.000 fonctionnaires anglais âgés de 35 à 55 ans, soit bien avant l’apparition des symptômes pour la plupart des personnes. Le recul est aujourd’hui suffisant pour tirer des conclusions à partir des données d’environ 7500 d’entre eux, qui ont notamment répondu à des tests d’évaluation cognitive à quatre ou cinq reprises entre 1997 et 2016 ».
Les chercheurs écrivent ainsi dans Plos Medicine : « Nous avons choisi de présenter les résultats en mesurant les contacts sociaux à l’âge de 50, 60 et 70 ans. Nous avons découvert qu’une plus grande fréquence des contacts sociaux à l’âge de 60 ans s’accompagnait d’une réduction du risque de développer une démence (dont la maladie d’Alzheimer, NDLR) et que cette association était davantage liée aux contacts avec les amis qu’avec la famille ».
Damien Mascret retient que « plus on voit ses amis souvent et plus on réduit son risque. Jusqu’à 12% de réduction pour un sexagénaire qui verrait quotidiennement un ou deux amis par rapport à un autre sexagénaire qui ne le ferait que quelques fois dans le mois. La même tendance est observée à 50 et 70 ans mais les résultats ne sont pas statistiquement significatifs ».
Le Pr Éric Boulanger, spécialiste de la médecine et biologie du vieillissement au CHU de Lille (Inserm), remarque que « l’interaction avec ses amis, et moins avec ses proches, implique que l’on sorte cérébralement de sa zone de confort, de sa routine dans laquelle on n’est pas remis en question, moins stimulé. On doit faire un effort. On doit aller puiser dans ce que l’on appelle sa réserve fonctionnelle… celle que l’on n’utilise pas lorsque l’on est dans sa zone de confort. C’est comme faire marcher un muscle un peu plus qu’habituellement ».
Le Pr Bruno Dubois, chef du centre des maladies cognitives et comportementales de l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière, évoque quant à lui le « concept de réserve cognitive » : « C’est un marqueur socioculturel. Si vous avez été stimulé jeune, avez fait des études, conservé une activité professionnelle qui vous met en contact avec beaucoup de monde, vous avez probablement une bonne réserve cognitive ».
« Le cerveau est comme une plante qui doit être arrosée régulièrement, il doit être stimulé. Quoi de mieux que les contacts sociaux, qui sollicitent énormément de circuits cérébraux, de la mémoire aux émotions, davantage encore qu’une activité intellectuelle solitaire ? », poursuit le spécialiste.
Date de publication : 22 août 2019

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