Les acides gras ω3 et ω6 sont des nutriments importants pour le développement neurosensoriel du foetus et du nourrisson. Ainsi, pendant la vie foetale et les deux premières années de la vie, le DHA, acide gras polyinsaturé à longue chaîne ω3, s'accumule de façon préférentielle dans les membranes des cellules photoréceptrices de la rétine et des neurones où il joue un rôle essentiel. Le lait maternel assure la couverture des besoins en ω3 pendant les premiers mois de vie. Si l'allaitement maternel se révèle insuffisant, il est recommandé, au regard des connaissances actuelles, de prescrire un lait infantile enrichi en DHA.

Depuis de nombreuses années, les recommandations d'apports nutritionnels en acides gras essentiels ω3 et ω6 sont bien établies. Toutes les formules de lait infantile pour nourrissons contiennent des quantités adéquates d’acides linoléique et linolénique. L’intérêt plus récent pour les AGPI ω3 et ω6 en
pédiatrie provient de la reconnaissance de l’importance des AGPI dans le développement et la maturation du système nerveux du foetus et du nourrisson.

AGPI ω3 ET DÉVELOPPEMENT NORMAL DU CERVEAU ET DE LA RÉTINE : l'acide docosahexaénoïque (C22:6n-3), acide gras plus connu sous le nom de DHA, est un AGPI à longue chaîne ω3 qui s'accumule de façon préférentielle dans les membranes des cellules photoréceptrices de la rétine et des neurones où il y joue un rôle essentiel . L'accumulation du DHA dans le tissu cérébral foetal commence au cours du dernier trimestre de la grossesse, et se poursuit en postnatal pendant les deux premières années de vie. Le statut maternel pendant la grossesse et la lactation se révèle donc essentiel pour assurer au foetus et au nouveau-né un apport optimal en acides gras ω3 et ω6. La femme enceinte et la femme allaitante doivent respecter les apports nutritionnels conseillés (ANC). Ces ANC en France recommandent pour l’adulte et aussi pour la femme enceinte et allaitante un ratio ω6/ω3 proche de 5. Les apports en acide linoléique et linolénique doivent être augmentés de 25% pendant la grossesse et de 37% pendant la lactation . Ces apports proviennent des huiles de colza , noix  . Les ANC précisent également que l’alimentation de l’adulte doit contenir 100mg/j de DHA préformé mais que les apports doivent être augmentés de 150% pendant la grossesse et la lactation pour atteindre 250mg/j. Les aliments riches en DHA sont essentiellement les huiles de poissons. Il est peut-être aussi important que toute femme en âge de procréer suive ces recommandations afin d’avoir un statut en AGPI optimal au début de chaque grossesse.

AGPI ω3 ETω6 ET LAIT MATERNEL : le lait maternel assure la couverture des besoins en ω3 à longue chaîne (DHA essentiellement) pendant les premiers mois de vie, car il contient naturellement , non seulement des AGPI essentiels mais également l’ensemble des dérivés. Les taux d'acides gras ω3 dans le lait maternel varient d'une femme à l’autre et aussi en fonction de l’alimentation maternelle. Par exemple, les femmes inuits qui consomment des quantités importantes de poissons riches en ω3 présentent des concentrations en DHA dans leur lait maternel dix fois supérieures à celles des femmes nord-américaines ou européennes. Le statut en ω3 d’un nouveau-né sera donc très dépendant des concentrations en DHA du lait maternel et de la durée de l’allaitement maternel. Un nourrisson recevant une formule de lait infantile standard de type 1er âge ne contenant pas de DHA préformé dépend totalement de ses capacités de synthèse endogène et de mobilisation des réserves hépatiques et adipocytaires. Dans ce contexte les enfants recevant une formule de lait infantile, et en particulier les enfants de faible poids de naissance ayant des réserves limitées, présenteront un risque élevé de déficience en acides gras polyinsaturés à longue chaîne.

La comparaison de la maturation neurosensorielle de l’enfant allaité avec celle de l’enfant recevant un lait infantile standard montre de façon quasi constante un avantage en faveur de l’allaitement maternel. Dans une méta-analyse de vingt études rapportant une évaluation des fonctions cognitives déterminées entre la petite enfance et l’adolescence, l’allaitement au sein était associé à de meilleures performances cognitives même après ajustement pour plusieurs variables connues pour influencer significativement le développement cognitif. Cette observation ne peut toutefois pas permettre de
déterminer si un des nutriments du lait maternel joue un rôle particulier dans le développement .

AGPI-LCω3 ET DÉVELOPPEMENT NEUROSENSORIEL : les études expérimentales ont montré qu’une carence en acides gras ω3 pendant les phases clés du développement, au cours de la vie foetale et la vie postnatale immédiate, pouvait altérer significativement le développement des fonctions visuelles et cognitives chez l’animal. Une déficience en acides gras ω3 chez le nourrisson peut-elle également avoir un impact significatif sur son développement neurosensoriel ? Cest une question essentielle.

Les données les mieux établies concernant l’importance de l’apport en DHA préformé sur le développement du nourrisson ne peuvent provenir que d’études randomisées en double aveugle dans lesquelles un groupe d'enfants reçoit un lait infantile standard et un autre un lait infantile supplémenté en DHA. Ces études sont devenues possibles car les industriels ont développé des sources utilisables
pour l’enrichissement des formules de lait infantile. A ce jour, toutes les études de supplémentation réalisées chez le nourrisson ont montré leur efficacité pour normaliser le statut en DHA du nouveau-né à terme, quelle que soit la source utilisée. Environ 2/3 des études comparant l’acuité visuelle des
enfants ayant reçu ou non une formule de lait infantile enrichie en DHA et en acide arachidonique
(ARA) montre un bénéfice de l’enrichissement sur l’acuité visuelle de l’ordre de deux dixièmes pendant les deux premières années de vie. Il semble exister une corrélation entre la dose cumulée de DHA reçu et l'acuité visuelle du nourrisson pendant les premiers mois de vie.
Les études de supplémentation visant à étudier le développement neurologique des nourrissons
ont donné des résultats plus hétérogènes que ceux sur l'acuité visuelle : des études révèlent un effet positif de la supplémentation en DHA, et d’autres ne montrent pas d’effet. Il est possible que ces écarts
entre les études soient dus, au moins en partie,à une différence dans la composition des formules
de lait infantile utilisées. Par exemple une supplémentation avec 0,36% des acides gras sous forme de DHA et 0,72% sous forme d’ARA améliore, à 18 mois, le développement moteur alors qu’une supplémentation avec 0,14% des acides gras sous forme de DHA et 0,46% sous forme d’ARA s’est montrée dépourvue d’efficacité sur ce score à un an.
La question du sevrage est également très importante, en particulier en France où la durée de
l’allaitement est relativement courte. Deux études de supplémentation réalisées après le sevrage du lait maternel montrent qu'après un sevrage réalisé à six semaines ou entre quatre et six mois la poursuite
d'une formule supplémentée avec des concentrations en DHA et ARA proches des concentrations
observées dans le lait maternel (0,36% de DHA et 0,72% d’ARA) permet d'améliorer la fonction visuelle à 17, 26 et 52 semaines dans une étude et à un an dans l’autre. Ces études plaident donc en faveur du choix d’un lait infantile enrichi en DHA et ARA au moment du sevrage du lait maternel.

Le statut maternel pendant la grossesse et la lactation est essentiel pour assurer au foetus et au nouveau né un apport optimal en acides gras ω3 et ω6. La femme enceinte et la femme allaitante doivent donc respecter les apports nutritionnels conseillés, aussi bien en précurseurs qu’en AGPI à longue chaîne. Peut- être aussi important est le fait que toute femme en âge de procréer doit suivre ces recommandations afin d’avoir un statut optimal en AGPI au début de chaque grossesse.

L’allaitement maternel est l’alimentation à préférer pour un enfant sain et doit être fortement
encouragé. L’organisation mondiale de la santé (OMS) recommande un allaitement maternel exclusif pendant six mois. En cas d’impossibilité d’allaitement maternel, mais également en relais de l’allaitementmaternel, prescrire un lait infantile enrichi en DHA et ARA chez l’enfant à terme et chez
l’enfant prématuré est recommandé au regard des données actuelles.

BIBLIOGRAPHIE
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Développement neurologique et cognitif de l’enfant : rôle de l’apport en poissons et fruits de mer pendant la grossesse. Maternal seafood consumption in pregnancy and neurodevelopmental outcomes in childhood (ALSPAC study) : an observational cohort study. Hibbeln J.R. et al. Lancet 2007 ; 369 : 578 - 85
Le développement neurologique et cognitif optimal du foetus dépend, entre autres, des apports
en acides gras ω3 et en DHA. Les poissons et fruits de mer en sont la source essentielle. Cependant, en 2004, les autorités sanitaires aux USA ont recommandé de limiter les apports en poissons et fruits de mer chez les femmes enceintes à 340 g par semaine, pour réduire le risque d’exposition foetale à certains contaminants neurotoxiques (méthylmercure, notamment). Les poissons et fruits de mer ont donc deux effets potentiellement opposés sur le développement neurologique du foetus. Afin de déterminer dans quel sens la consommation maternelle de poissons et fruits de mer influait sur le développement foetal, cette étude observationnelle britannique a suivi 11 875 femmes enceintes et leur enfant jusqu’à l’âge de 8 ans. L’enquête alimentaire fut effectuée à 32 semaines de grossesse. Les mères remplirent un questionnaire sur le développement et le comportement de leur enfant à 6, 18, 30, 42 et 81mois. Enfin, le quotient intellectuel des enfants fut évalué à l’âge de 8 ans.
La consommation maternelle de poissons et fruits de mer se répartissait entre 0 et 368 grs par semaine, avec une consommation moyenne de 235 ± 202 grammes par semaine. Douze pour cent des femmes ne consommaient pas de poisson, 65 % en consommaient 1 à 340 g/semaine, et 23% plus de 340 g/semaine. Les résultats furent ajustés selon un certain nombre de facteurs environnementaux influant sur le développement neurologique et cognitif des enfants. Ils révélèrent un risque plus important de développement neurologique et cognitif insuffisant chez les enfants de mères ayant une consommation maternelle de poisson inférieure à 340 g/semaine par rapport aux enfants de mères ayant consommé plus de 340 g/semaine de poisson. Cette étude ne retrouve donc pas d’effet délétère d’une consommation maternelle de poisson supérieure à 340 g/semaine pendant la grossesse : au contraire, une consommation supérieure à 340 g/semaine se révèle bénéfique pour le développement neurologique et cognitif des enfants. Les différents biais envisagés ne remettent pas en cause cette conclusion. À noter, tout de même,que le quotient intellectuel des mères n’a pas été évalué dans cette étude. Sauf à penser que les poissons britanniques soient très différents de ceux du reste du monde, il ne semble donc pas judicieux de limiter la consommation de poisson des femmes enceintes ou susceptibles de l’être.


R E V U E D E P R E S S E Objectif Nutrition, La Lettre de l’Institut Danone Directeur de la publication :
Pr Jean Navarro, AP/HP, Paris. Rédacteur en chef : Dr Jean-Laurent Le Quintrec, AP/HP, Hôpital Ste-Périne, Paris. Rédactrice en chef adjointe : Silvy Auboiron, Danone France, Paris.
Dépôt légal : 2e trimestre 2007.

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